Je ne savais pas que le silence pouvait être si bruyant. Je le connaissais apaisant, réconfortant, parfois angoissant mais pas bruyant.

Ce restaurant était fantastique, je ne sais pas si je mangerai d’aussi bons ravioli al granchio un jour. Et ce Patrimonio blanc était parfait. Tu l’as adoré, il te rappelait nos vacances en Corse. On avait bien fait de suivre les conseils de ton amie. Elle avait raison, ce restaurant nous a plu, bien au-delà de ce qu’on aurait pu le penser d’ailleurs.

Nous sommes sortis main dans la main, j’ai déposé un baiser sur ton front et je t’ai serré contre moi avant de monter en voiture. Je ne me souviens pas avoir trop bu ce soir-là, juste un verre de vin. Je ne me sentais pas non plus fatigué.

J’ai peu de souvenirs de cette nuit-là, peu de souvenirs de ce qu’il s’est passé une fois montés dans la voiture. Je n’ai que des flashs. Ils sont nombreux et violents. Ils m’étouffent et m’oppressent à chaque fois.

Nous, dans la voiture, riant aux éclats, nos regards qui se croisent. Une lumière aveuglante. Un grand bruit sourd. L’eau qui s’engouffre dans l’habitacle, nous envahit. La pression qu’elle exerce sur moi. Je ne vois plus rien. J’ai du mal à respirer. Je cherche de l’air. J’inspire aussi fort que je le peux. Puis, un trou noir. Plus rien.

Je n’ai compris que des jours après ce qu’il s’était passé. Le regard compatissant de nos proches. Leurs non-dits. Leur présence débordante et envahissante à l’hôpital. J’ai fini par rentrer à la maison après plusieurs semaines.

Sans toi.

Aujourd’hui, le silence est bruyant de ta voix, de tes rires, de tes pas que je n’entendrai plus.


En savoir plus sur Les Carnets de M

Abonnez-vous pour recevoir les derniers articles par e-mail.

Avatar de M.

Published by

Categories:

Laisser un commentaire