
Je suis incapable de me souvenir pourquoi j’ai pris la décision de me mettre à courir. Pendant des années, mon entourage me vantait les avantages et les bienfaits de la course. On me vendait le fait de se vider la tête, de s’aérer, de se challenger. Rien n’y faisait. Aucun argument ne trouvait grâce à mes yeux.
D’aussi loin que je me souvienne, on ne m’a jamais qualifiée de sportive. J’ai eu des loisirs plutôt variés mais le sport n’en faisait pas parti.
Pourtant, dans mon enfance, j’ai pratiqué l’équitation, j’adorais ce lien avec le cheval. J’ai fini par arrêter. Je crois qu’assister à la chute violente d’une copine m’a vacciné.
J’ai ensuite testé la gymnastique. Je n’avais absolument aucun plaisir à y aller si ce n’est celui de discuter avec mes copines.
Je n’ai plus fait de sport au collège et lycée si ce n’est ceux qui m’étaient imposés en cours : boxe, rugby, badminton, tennis de table, volleyball, handball….
J’ai eu la chance de tester de nombreux sports mais pour autant, aucun ne m’a donné envie d’aller plus loin.
Et puis passée la vingtaine, j’ai testé pendant un an le Krav-Maga. Puis, j’ai découvert la zumba et les cours LesMills. Je me suis jetée à corps perdu dans les cours de HIIT. J’adorais cette sensation de dépassement de soi. Ce moment où tu débranches le cerveau et tu fais ce qu’on te demande même si tu as l’impression que tu n’y arriveras pas. Tu te lances parce qu’on te dit de le faire, parce que l’émulation collective te motive et te donne confiance en toi.
J’adorais me voir progresser. Deux grossesses sont passées par là, j’ai mis le sport de côté. J’avais du mal à renouer avec mon corps. Je ne comprenais plus les sensations que j’avais. Je dirigeai un inconnu.
Je me suis remise doucement à la salle de sport, j’allais faire de la muscu très tôt le matin, à l’abri des regards, pour évacuer le stress et trouver un temps pour moi.
La fatigue ou plutôt l’épuisement a eu raison de moi. J’ai tout lâché. Je n’aimais plus l’ambiance de la salle et je me trouvais des excuses pour ne pas y aller. Je ne me sentais plus à ma place.
En abandonnant ces séances, j’ai renoué avec le manque de confiance, l’impression d’être une incapable. C’était un sentiment violent et pourtant, je l’ai accepté et j’en ai fait ma vérité.
Début 2024, dans le flot des bonnes résolutions, je me suis dit qu’il fallait que je me remette au sport pas tant pour ma santé physique mais surtout pour ma santé mentale.
Je sentais que la dépression grondait en moi. Une fine digue l’empêchait de se déverser. Je savais que c’était une question de temps avant de devoir affronter le pire. Au bout de quelques mois, j’ai demandé conseil à ceux qui m’entouraient et couraient.
Comment se mettre à courir alors qu’on a aucune endurance ?
Comment aimer la course quand on déteste ça ?
Est-ce que je vais y arriver ?
Sporadiquement, j’ai suivi les programmes qu’on me recommandait. Me répétant avant chaque séance que je n’y arriverai pas, que c’était peine perdue. Négociant avec moi-même pendant chaque séance pour arrêter avant la fin. Et à chaque séance, je me suis prouvée que j’en étais capable.
A la fin de l’été 2024, mon état d’esprit avait subtilement changé. Si j’étais régulière et si je me faisais confiance, je pouvais y arriver. J’ai pris la décision de m’inscrire dans un club d’athlétisme. J’avais besoin d’être encadrée par un coach et d’être entourée par d’autres coureurs. J’avais envie de voir jusqu’où mon corps et mon mental pouvaient aller, jusqu’où j’étais capable de faire taire les pensées limitantes qui me paralysaient.
Je ne peux pas dire que je prends du plaisir à chaque sortie. Certaines séances me rappellent que je ne pars de rien, je suis en souffrance du début à la fin. Je me force à aller au bout même si la difficulté est présente car ce qui est commencé doit être fini.
D’autres séances, au contraire, me donnent une confiance folle. Je me vois progresser, moins subir, mieux respirer, accélérer. Je ne suis toujours pas très rapide mais il n’empêche que je le suis toujours plus que la femme que j’étais il y a quelques mois.
Et je crois que je suis accro à cette sensation, ce sentiment d’être une meilleure version de moi-même. Une version de moi dont je suis fière.
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