Le mouvement délicat et lent du rideau blanc l’hypnotise. Allongée sur le lit, elle ne peut détacher son regard de cette danse enivrante entre le vent qui s’engouffre et ce rideau qui se laisse emporter.

Elle prend une grande inspiration, l’odeur du Monoï, appliqué en sortant de la douche, lui vient en premier, puis, arrive les embruns poussés par l’océan qui se trouve à quelques mètres de là et enfin en note de fond, le doux parfum de l’hortensia qui pousse au pied de sa maison.

Par jeu, elle décide de caler sa respiration sur le mouvement du rideau. Lorsque le rideau s’éloigne de la fenêtre, elle inspire, lorsqu’il s’en rapproche, elle expire.

Un, deux, trois… elle inspire profondément. Un, deux, trois… elle expire doucement. Après plusieurs répétitions, elle se sent plus sereine, plus calme.

Maintenant que sa respiration est apaisée, elle décide de prendre le temps de tendre l’oreille, de s’éveiller à ce qui l’entoure.

Le chant des cigales envahi l’air ambiant, il étouffe le bruit des voisins d’à-côté qui doivent sûrement recevoir des invités car elle entend des éclats de rire et des tintements de verres qui s’entrechoquent. Plus loin encore, elle perçoit les aboiements d’un chien, par intermittence.
Ca doit être Titan le Rottweiler de la maison bleue qui fait l’angle. Elle se demande ce qui peut bien le faire réagir de la sorte. Avec lui, ça peut aussi bien être un moineau posé sur le portail de la maison qu’un intrus qui s’introduit dans son jardin.

Malgré tout, la nuit s’annonce paisible, comme souvent au mois d’Août dans ce quartier. Les voisins sont tous partis ou presque, certains ont rejoint leur maison secondaire en Bretagne ou en Normandie, d’autres sont partis explorer des contrées lointaines.

Elle ne les envie pas, au contraire, elle savoure chaque instant de cet été. Elle a une routine, dès qu’elle quitte le travail, sur les coups de 17h30, elle fait un crochet par la plage qui se situe à quelques mètres de chez elle.

Sa planche de surf est dans la voiture, elle se gare, se prépare et fonce se jeter à l’eau, planche à la main.

A 19h30, elle rentre chez elle, après une douche fraîche pour se défaire du sel marin et du stress de la journée, elle se dirige vers sa chambre.

Elle s’étend dans son lit, la fenêtre ouverte en se laissant bercer par les sons de la vie. Elle peut rester 5 minutes comme 1 heure comme ça. Cela va dépendre des jours et de son humeur.

Elle ne pense à rien, son esprit est vide de toute pensée parasite, elle explore ses sens un à un.

Son regard s’attarde sur les rayons du soleil couchant qui percent à travers le rideau blanc et viennent réchauffer son corps. Des nuances d’orange et de jaune inondent sa chambre.

La chaleur, elle, rend vite insupportable le moindre mouvement.

Certains diraient qu’elle médite, de son côté, elle dit juste que c’est son moment à elle. Une fois cette parenthèse terminée, elle sait que le quotidien viendra la rattraper.

Pour rien au monde, elle n’accepterait de renoncer à ce moment de grâce quotidien estival.

Elle ne se souvient plus exactement quand elle a commencé à le mettre en place mais elle sait qu’elle n’est pas prête à l’arrêter.

Au loin, le clocher sonne 20h, elle sort à regret de sa rêverie, se lève et se dirige lentement vers la cuisine.


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